Synthèse des travaux Synthèse du colloque : « Azawad, après trois années de l’intervention internationale : bilan et perspectives »


Le Centre Sahel pour l’Expertise et le Conseil a organisé mercredi 16 mars 2016 un colloque intitulé : « Azawad après trois années de l’intervention internationale : bilan et perspectives ».

Des experts, chercheurs et spécialistes ont participé aux travaux, ainsi que des représentants des parties concernées au premier chef. Y ont assisté certains membres du corps diplomatique, arabe et occidental.

Les travaux furent introduits par le mot du président du Centre Sahel-EC, Dr. Mohamed Abba Sidi Jeilani ; ce dernier a expliqué le but du colloque, en l’occurrence porter un regard analytique sur la situation qui prédomine au nord du Mali et l’impact de l’ingérence étrangère, après 4 années consécutives de conflit.

«Nous entendons par ce colloque et les contributions de ces chercheurs mettre en discussion l’intervention internationale, en évaluer l’impact – positif soit – il ou négatif – sur la population locale, mais aussi dresser le bilan général de la situation, aussi bien sur le plan local que régional », ajoute Monsieur Mohamed Abba Jeilani.

Les communications du colloque se sont succédé selon le schéma suivant :

– une note d’encadrement, produite par le Centre Sahel-EC,

– une intervention du juge-chercheur Ahmed Abdallah Al Moustafa magistrat Spécialistes des groupes armés

– une communication présentée par le délégué de l’état-major des armées mauritaniennes, le colonel Mohamed El Moustafa Al Sakhawi ;

–  d’autres participants ont développé chacun, un aspect connexe au sujet, dont :

Moussa Ould Hamed ,  journaliste

Al Houssein Ould Meddou : journalist

Ely Ould Sneiba : ancien Commandant de l’Armée nationale

Outre ces contributions, des représentants des mouvements du nord du Mali ont eu à témoigner, longuement ; parmi eux, il convient de relever la présence de Monsieur Moussa Ag Attaher, représentant au Maroc du Mouvement National de Libération de l’Azawad (MNLA).

Les participants ont traité les différents aspects de la question. La plupart concluaient au constat  d’une « ingérence étrangère » en lieu et place d’une « intervention internationale » ; cette redéfinition des termes leurs semblait plus appropriée à la réalité du terrain.

 

Ils estiment que la question se pose aussi bien au-delà du Mali, dans tous les pays théâtres d’une implication extérieure, de même nature ou intensité.  La question demeure de savoir, si l’ingérence fait partie de la résolution d’une crise ou, au contraire, constitue un facteur de sa complication.

Certains intervenants ont confirmé qu’au regard de nombreux précédents, y compris celui du nord-Mali, ceux illustrent, sans détour, un paramètre essentiel de la complication.

En effet, certains groupes visés par l’intervention s’en servent, comme prétexte pour la multiplication et l’intensification de leurs activités, le recrutement de nouveaux combattants ; ils vont parfois jusqu’à mobiliser, contre le gouvernement, les outils classiques de propagande sur la domination étrangère.

Les participants ont présenté les cas de l’ingérence américaine en Afghanistan,  Iraq voire au Mali, comme  des exemples de mutation, d’une opération ponctuelle d’ingérence vers une entreprise de colonisation, tout au moins, de facto.  Une telle évolution de la perception médiatique a produit l’effet inattendu d’un afflux de combattants, venus de partout, pour participer à des guerres non-conventionnelles d’où la hausse de l’insécurité et une déstabilisation récurrente.

Les participants soulignaient, aussi, les rapports et documents de l’Organisation des Nations Unies où l’intervention dans le nord du Mali était jugée « insuffisante » et inapte à mettre fin à la radicalisation violente. Ces textes considèrent et décrivent une guerre par procuration, inutile et sans issue.

Parmi les points les plus importants soulevés par les chercheurs, celui du retard de l’intervention internationale au nord du Mali. Celle-ci n’avait eu lieu qu’après un an de contrôle, par les groupes armés, d’un vaste territoire, peuplé de 2 millions d’habitants, sur une superficie supérieure celle, réunies, de la France et de la Belgique.

Aussi cette intervention n’a pas œuvré à rendre justice ni résoudre les litiges à l’origine du passage à la violence armée ; du défaut de résultat à courte et moyen terme, découle que l’intervention cessa de bénéficier du préjugé favorable de la population locale. Certains y suspectaient une mission accomplie pour le compte des pays intervenants, afin de préserver leurs intérêts propres et non pas ceux du Mali, des pays voisins ou encore des populations locales.

Les conférenciers ont également critiqué les forces internationales au motif qu’elles ne sont pas préoccupées par le renfoncement des capacités de l’Etat bénéficiaire de l’intervention ; est ainsi perdu de en vue l’objectif de permettre, au gouvernement, de prendre le relais, dans une phase ultérieure, à la fin du déploiement des forces étrangères.

Or, les capacités de l’Etat malien ne sont pas améliorées tandis que l’Etat intervenant a conservé toute sa puissance sur le terrain et devenait, alors, le premier acteur du maintien d’une stabilité, encore aléatoire, fragile.

Les intervenants ont insisté sur le fait que le conflit de l’Azawad constitue une crise à dimensions multiples : politique, sécuritaire, économique et sociale.

Se limiter à l’aspect politique ou sécuritaire relèverait de l’erreur. Le défaut de l’adoption d’une résolution consentie par les parties principales constitue une menace sécuritaire radicale pour la paix et la sécurité, à la fois sur le plan régional et mondial.

Les chercheurs ont souligné le rôle de l’armée de la Mauritanie qui s’articule autour de trois éléments qui fondent sa doctrine, à savoir :

–          La défense de l’intégrité territoriale contre toutes menaces potentielles.

–           La contribution au maintien de l’ordre sur l’ensemble du territoire national.

–         La contribution aux efforts internationaux pour le maintien et la préservation de la paix sur le plan mondial.

Ils ont ajouté qu’au moment de l’intensification de la crise, l’armée mauritanienne a œuvré pour la sécurisation des frontières, en collaboration avec les parties internationales impliquées sur le terrain. De même, elle a empêché l’usage du territoire national comme lieu de passage ou point de transit pour préparer, voire effectuer des attaques contre l’un ou l’autre des protagonistes.

L’armée a également encadré l’accueil des réfugiés de l’Azawad et organisé leur installation dans les camps établis, pour eux, dans l’est de la Mauritanie ; elle était représentée par des observateurs pour le suivi de la mise en œuvre de l’accord du cessez-le-feu conclu et coopère ; de manière permanente, avec les pays engagés sur le terrain et le groupe de 5 pays du Sahel (G5 Sahel).

Les chercheurs et conférenciers ont réitéré le primat d’une résolution malienne du conflit ; il revient, d’abord aux acteurs maliens, d’œuvrer à une solution globale et inclusive, sur la base d’engagements sincères. Les autres parties contribueraient, uniquement, à l’appui et la facilitation ; elles ne sauraient se substituer aux maliens ou en jouer le rôle, par procuration.

Les intervenants ont été unanimes sur le fait que le règlement du conflit ne pourra nullement se suffire de l’approche militaire, car les solutions par les armes s’avèrent de court terme et le but d’une action de contrainte consiste, justement, à réunir les prémisses d’une normalisation politique.

 

Les chercheurs ont rappelé l’ancienneté de cette crise et son enracinement depuis quelques décennies ; ils ajoutaient l’inanité des accords adoptés durant les dernières décennies, par déficit de suivi. La négligence des griefs historiques soulevés par les populations de cette région a conduit à l’émergence d’un nouveau paramètre, celui de mouvements djihadistes armés, lesquels incarnent, aujourd’hui, le principal défi dans la région.

Aussi, les participants soulignaient l’aspect le plus alarmant dans cette crise : la création, dans la région, d’un foyer d’anarchie,  propice à l’économie du crime et un terrain fertile au développement de groupes et d’activités illicites, dont l’influence, grandissante, fait fi des frontières et érode l’autorité des Etats.

Enfin les participants sont parvenu aux recommandations suivantes :

1-    La quête minutieuse, afin de parvenir à une solution durable au conflit de l’Azawad, de plus en plus durci, réduisant cet espace à un sanctuaire de l’illégalité, source d’instabilité générale dans la sous-région et le monde.

 

2-    L’invitation, des parties de la crise – le gouvernement malien et les mouvements de l’Azawad – à revoir leurs positions et faire preuve de concessions mutuelles pour parvenir à un règlement consenti et acceptable, de tous.

 

3-    L’incitation des Etats de la région et des acteurs internationaux à soutenir les efforts, des maliens, pour la réalisation de la paix et la stabilité et à  renoncer aux ingérences dans les détails, susceptibles d’entraver un accord ou freiner la réconciliation.

4-    La réalisation d’une évaluation objective de l’intervention internationale, pour mettre, devant leurs responsabilités, les institutions onusiennes et les forces extérieures, si la recherche établit, à charge, des torts supérieurs aux avantages.

5-    Constituer une force régionale capable de coopérer et d’interagir avec les institutions du Mali, pour faire face aux dangers transfrontaliers. Celle-ci devrait constituer une alternative aux troupes non-africaines, dont l’implication exacerbe le conflit.

Avoir présent à l’esprit, lors du règlement de la crise, tous les paramètres y compris la dimension sociale, économique, politique et sécuritaire.

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